TravailleursDuWeb se BLACK OUT contre HADOPI

Stop à l’investissement personnel !

Publié le 29 June 2009, par Christophe Zlobinski- Furmaniak dans la catégorie Gestion de projet, Organisation, méthodo...

Entre votre business et le business de votre client, quelle frontière y a-t-il?

A y réfléchir, beaucoup d’entre nous n’en ont pas. Cela est dû à l’histoire de notre métier, où le webmaster s’occupait de tout l’administratif et du tout technique d’un site web. Avec la spécialisation (dev, design, utilisabilité, interactivité, ergonomie, SEO, et j’en passe), s’occuper de tout n’est plus notre métier. Alors, lâchons du lest !

Le serpent qui se mord la queue
Tout faire, tout prendre en charge, c’était valable il y a dix ans. Aujourd’hui, vous êtes payés pour un service. Tenez-vous en là.  Si vous ne le faites pas, vous ressentirez une double pression d’abord : celle que vous vous mettez sur les épaules, et celle que le client vous mettra lorsqu’il ira dans des décisions contraires et vous remettra en cause ; vous ressentirez de la frustration ensuite, de ne pas réussir à faire prendre conscience à votre client de l’importance de vos choix techniques ; et, enfin, vous ressentirez de la déception, voyant votre bébé saccagé par le client qui, dans votre dos, ou sous votre nez, fera à sa guise, et se foutra royalement de l’utilisabilité, du respect de la charte, ou pis encore, des stratégies marketing validées.

Vous, vous aurez juste envie de l’envoyer valser, ou de prendre la première corde et de vous pendre…et ça suffit !

Qui fait quoi ?
Je l’ai dit, aujourd’hui, on vous paye pour un service. Bien généralement, ce sera pour faire ou refaire un site web, créer un logo, améliorer l’expérience utilisateur, ou générer du trafic. Parfait. Quid de l’équipe du client?
“L’équipe ?” vous répondra le client. – “Oui, l’équipe ou la personne qui s’occupera de la gestion administrative et technique de votre projet. Autant dire, dans le meilleur des cas, un chef de projet fonctionnel relié au Marketing, un chef de projet technique relié à la Production, et un webmaster.”

Déléguez la partie la plus joyeuse de la création, autant dire les mises à jour au mot ou à la virgule près, le remplacement d’un texte obsolète, ou encore l’ajout d’images. Ce n’est pas votre job. Vous, design et dev, vous êtes des créas alors créez ! Cela vous allègera des coups de fil incessants à n’importe quelle heure de la journée pour ne gérer que de l’administratif.

Si le client vous répond qu’il n’en a pas sous la main, et qu’il est une TPE/PME, conseillez-lui de prendre, même de manière ponctuelle, un webmaster pour s’occuper de la gestion administrative du site : vous, vous ne vous en occupez plus.

Si, au contraire, votre client est une entreprise de moyenne taille ou plus et qu’il n’a pas d’équipe dédiée, c’est qu’il n’envisage pas le projet de manière sérieuse. Demandez-lui de revoir sa copie, expliquez-lui pourquoi c’est important et…partez. Au mieux, il grommellera et vous rappellera dès que l’équipe sera en place, au pire, vous viendrez d’échapper à un contrat galère, à des heures de sommeil en moins, à de la pression, de la frustration, des prises de tête et de bec, et des noms d’oiseaux…

Créa web = conseil
Que vous soyez webdesigner, webmarketeux, ergonomiste, ou expert en utilisabilité, l’attente du client reste la même : il attend d’être conseillé au mieux afin de faire les meilleurs choix pour son projet. Conseillez-le, de manière la plus complète et honnête possible, mais facturez-lui ce conseil : cela prouvera votre sérieux à votre interlocuteur, et le forcera, de fait, à prendre moins à la légère vos prérogatives techniques et fonctionnelles

Cela aura un autre impact, et de taille : le détachement. Le client ne veut pas comprendre que la couleur qu’il veut pour son site va à l’encontre des stratégies marketing de la communication visuelle, par exemple ? Ok, faites-lui comprendre que vous êtes payé par lui pour un conseil, et donc, vous le lui donnez. Ne vous opposez pas à sa décision, dites-lui simplement que votre expertise vous pousse à dire que c’est une décision qui ira à l’encontre de son business, mais que vous ne pouvez vous opposer à sa décision.

Souvent, le client réfléchira pour abonder dans votre sens, et s’il ne le fait pas, faites comme il le sent : ce n’est plus à vous de vous occuper du business du client. Vous, votre business, c’est de rendre un site web esthétique, fonctionnel, avec un code propre. Vous avez donné votre expertise, vous n’êtes donc plus responsable de ce qu’il advient ensuite.

J’ai fait ce choix il y a deux ans, et, depuis, mes relations clients se sont améliorées, fluidifiées, décomplexées, et je vis beaucoup mieux les projets web.

Parce que, loin du stakhanovisme, notre métier doit rester un vrai plaisir.



7 Responses to “Stop à l’investissement personnel !”

  1. leon Says:

    100% d’accord avec ça ! Merci de partager ta vision, qui confirme la mienne :-)

  2. Ecommerce 404 Says:

    Très bon billet. En agence, il faut par contre que cette façon de penser soit commune et diffusée à tous les niveaux…

  3. kyfran Says:

    Que chacun prenne ses responsabilités sur ses missions, y a que ça de vrai et c’est le moins dangereux pour chacun : presta, client et salarié. Le deuxième effet de cette redéfinition claire des rôles c’est que ça revalorise les coups de mains ponctuels.

  4. MagicYoyo Says:

    Parfois les travailleurs indépendants gardent toute leur “carrière” leurs habitudes du début : je prends tout, je rends service.
    Ceylemal !

  5. DSampaolo Says:

    Je suis globalement d’accord avec toi, sauf pour la conclusion. Si tu n’arrives pas à faire passer le message “la couleur choisie est nuisible à l’activité”, tu t’exposes au risque de voir, par exemple, les taux de transfo s’effondrer. Et de ta prestation, il ne restera que “il m’a amené du trafic de mauvaise qualité” plutôt que “je n’ai pas écouté toutes ses recommandations”.
    Savoir prendre du recul est une bonne chose, mais il m’est déjà arrivé de devoir taper du poing sur la table pour faire passer “de force” une bonne pratique. Après tout, si le client me paye, c’est parce qu’il sait que l’expert, c’est moi ;)

  6. Christophe Zlobinski- Furmaniak Says:

    @Dsampaolo: Bien évidemment, l’idée n’est pas de dire : je donne un service, et basta. C’est une question de contexte. Avec le recul sur cette méthodologie, je dois avouer que ma clientèle a changé : j’ai laissé filé les contrats galère pour des contrats bien meilleurs, avec des gens plus respectueux de ton travail, et plus à l’écoute. Avec le recul, je peux dire que mes clients, souvent, m’écoutent, parce que je suis passé à leur yeux d’un statut de webdesigner “bon à tout faire” à un statut de webdesigner spécialisé dans tel ou tel domaine. Ainsi, les clients me payent pour cette spécificité, et sont plus à l’écoute parce qu’ils estiment avoir à faire une expertise, donc à un investissement de qualité à leurs yeux.

  7. Christophe Zlobinski- Furmaniak Says:

    Cela ne remets pas en cause le professionnalisme de mes concurrents. Je parle ici de la vision du client.

    Pour terminer à propos de “taper du poing sur la table”, il arrive souvent que, dans l’esprit du client, cela signifie ne pas être maitre de son business, et qu’il se sente frustré d’être ainsi mis en défaut sur ses propres choix, avec le sentiment infantilisant d’être forcé de le faire…quand cela ne rime pas avec l’impression d’avoir à allonger de l’argent en plus. Rester détaché laisse, au contraire, le client maître des choses, et le place devant ses responsabilités : cela donne plus de crédit à votre parole et évite des prises de becs inutiles.

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