Comment bien “exporter” son développement
Publié le 12 December 2007, par Babozor dans la catégorie Gestion de projet, Organisation, méthodo...C’est une question qui revient régulièrement par vos mails: “Comment exporter proprement un développement sans avoir de vilaine surprise”. Je vais donc essayer d’être aussi clair et limpide que possible.
1. Economie?
Si votre but en “exportant” vers un autre pays est de gagner sur le budget de développement, je vous arrête tout de suite. Cela peut être le cas, mais cela reste rare (même si ça existe je sais) et il ne faut pas que ce soit pour vous une priorité. Palier au manque d’effectif ou basculer une partie de la production répétitive et chiante est un bon point de départ.
Comme on le verra après, dans bien des cas le développement “off-shore” au final n’est pas spécialement moins couteux.
2. Préparation/Conception
Une des nécessité pour une développement offshore est un cahier des charges / spécification techniques à l’épreuve des balles. Tout doit être marqué, indiqué, annoté, précisé. Dites vous bien que tous les vides dans votre documentation seront exploités pour ne pas faire ce qui pour vous vous semblait évident.
C’est un gros travail de préparation, mais cela nécessite aussi d’avoir une idée précise du développement à réaliser.
Vous pouvez très bien découper votre service final en lot pour avoir des unités finies et bien précises à exporter.
3. Estimations
Ne vous laissez pas leurer par le prix final du devis, concentrez vous sur l’estimation en jours de travail, cela vous permettra de voir si l’entreprise à l’air sérieuse ou pas. Le piège c’est de se concentrer sur le prix… si votre estimation pour une tâche est de deux jours et que la leur est de deux semaines, même si le prix vous semble ridicule, il doit y avoir un problème, soit d’estimation de votre part, soit de compréhension de la leur, mais en tout cas n’essayez pas de jouer au plus fin en vous disant “c’est tellement pas cher que c’est pas grave…” au final cette bévue peut vous coûter très très cher.
4. Communication/Surveillance
Vous allez devoir communiquer sans arrêt avec vos nouvelles recrues, instaurez un système cohérent pour ne jamais laisser une journée filer sans avoir de leurs nouvelles. L’idéal est un contact téléphonique par jours minimum et au moins une visite physique par mois (voir plus).
Surveillez tout ce qui est produit: la documentation, le suivi de projet, le code… et si possible demandez à l’équipe de développer sur une machine commune ou une machine hébergée chez vous plutôt qu’un serveur local chez eux. Cela vous permet d’avoir la main sur le code et de pouvoir surveiller l’évolution du projet.
5. Temps plein
Effectivement vous trouverez peut être une équipe de développeurs disponible tout de suite, mais cela nécessitera de votre part une personne au moins à temps plein pour guider, suivre, surveiller, concevoir tout cela. Et vous n’aures pas besoin d’un CdP junior, mais plutôt d’un Chef de projet technique senior, avec de préférence une première expérience réussie de conduite de dev offshore… ah tout de suite vous êtes calmé
6. Différences culturelles
C’est là le plus intangible et pourtant le plus important. Certains non dits et différences culturelles risquent fort de vous mettre dans une situation embarrassante, donc ne laissez aucun flou aucun trou nulle part.
Pour la petite histoire:
J’ai eut quelques expériences de développement offshore: Vietnam, Argentine, Bulgarie, Tunisie et Surinam… et dans un seul cas le travail c’est très bien passé. C’est avec les bulgares que ça c’est très bien passé. Tout d’abord ma femme est bulgare et je comprends un peu et baragouine un peu le bulgare, mais surtout je commence à comprendre un peu leur culture et leurs coutumes. Pas moyen de me bullshiter, mais j’ai surtout eut la chance de tomber sur un chef de projet technique sur place ultra compétent et rôdé au travail off-shore avec des européens. Donc aucun soucis, travail rendu dans les temps, en suivant à la lettre le cahier des charges, nickel.
Pour les autres cas, gens débordés mais qui ne voulaient pas nous l’avouer, un non ou un peut être qu’ils traduisent par oui, des juniors vendus pour des sénior… bref du grand n’importe quoi, mais surtout dans 75% des cas l’obligation de devoir rapatrier le travail en interne ou de devoir le filer à un SSII, ce qui au final à coûté beaucoup plus cher.
Mon conseille ultime: si vous voulez tenter le off-shore donnez vous toutes les chances. Trouvez un français ou une personne qui a travaillé longtemps en France sur place et qui sera votre relais, vos yeux, vos oreilles, votre hommes de confiance. Allez physiquement sur place aussi souvent que vous le pouvez (et de plus en plus quand la deadline se rapproche). Faites un suivi à la culotte, ne laissez rien passer, soyez ultra présent. Soyez clair, précis et juste.
Voilà, vous avez des expériences de dev offshore réussi/foirreux?


le 12 December 2007 à 23h46
J’ai eu deux expériences en offshore :
- Une avec une boite malgache pour un projet web, nous leur avions fournis les templates des pages parfaitement intégrées, leur laissant “juste” à gérer le développement, mais apparemment, coté technique, ce qui a été retourné était totalement inutilisable, projet en standby donc.
- Une deuxième un peu moins récente avec une boite en roumanie mais que j’avais en partie supervisé, la saisie de fiches produits pour une boutique en ligne, j’ai eu de la chance de travailler avec un français assez carré niveau boulot donc ça s’était plutôt bien passé. J’en retiendrais qu’il ne faut pas hésiter à être exigent avec eux, insister sur certains points, par contre, on rencontre vite des problèmes liés à la langue ce qui peut parfois être problématique.
le 13 December 2007 à 09h10
C’est marrant, expériences assez similaires : europe de l’est Russie et Biélorussie, travail sérieux et excellent suivi et surtout bonne communication ! Par contre, l’Inde je déconseille plusieurs exp malheureuse : les indiens disent toujours oui à tout… Ca peut vite tourner au drame !
Prochain challenge : la Chine ? si quelqu’un a des retours ça m’intéresse, j’y suis allé et j’ai l’impression qu’ils sont en train de monter sérieusement en puissance. Le seul problème c’est l’anglais qui n’est pas maîtrisé par suffisamment de personne.
le 13 December 2007 à 19h39
Excellent article as ever
Je m’interesse beaucoup a ca en ce moment, et je serais ravi de lire davantage d’experience de developpement offshore.
Je savais que c’etait difficile et fastidieux, mais 75% de retour, ca donne vraiment pas envie. Sauf si tu payes tes developpeurs 1$ par jour, la ca vaut le coup
le 16 December 2007 à 00h45
@Nico: ah nan jamais essayé la chine (pas encore)
@Fardeen: ben le vrai problème c’est que justement le off-shore ne doit pas se résumer à un problème de cout. Et puis c’est super épuisant à gérer… sur un projet normal, tu rajoute la distance, la langue, éventuellement le décalage horaire et déjà tu vois un peu de la difficulté à ajoute à ton projet normal.
Le mieux reste de connaître quelqu’un sur place, de confiance, qui va gérer un bonne partie du relationnel avec l’équipe de développement.
le 19 December 2007 à 15h55
Je suis DT d’une structure offshore à Madagascar.
Je confirme qu’il est nécessaire de spécifier énormément et de suivre à la culotte.
Mais si vraiement vous souhaitez vous lancer dans l’offshore le mieux que vous ayez à faire c’est de faire appel à une boite comme la mienne qui justement réalise ce travail supplémentaire pour vous.
Vous êtes alors en relation avec une boite francaise qui elle est rodée au problématiques de l’offshore et qui vous permet alors de bénéficier d’un prix plus avantageux sans vous impacter les problématiques de la gestion de projet offshore.
Ca sera pas du low cost mais c’est la solution la plus pertinente pour nombre de projets.
le 15 January 2008 à 14h45
Bonjour,
J’ai bien aimé l’article et les commentaires, plutôt pertinents et de personnes qui ont fait une vraie expérience de l’offshore. Nous on offshorise depuis l’Argentine, et ça se passe très bien, vraiment, avec une qualité de service et un respect des engagements assez étonnants (même pour les standards français….:-)).
Cela dit, on a trié sur le volet nos fournisseurs, il FALLAIT qu’ils soient partenaires des Editeurs (Microsoft, Sun, Oracle, etc.), qu’ils aient une certaine taille et qu’ils aient DEJA de l’expérience offshore. L’offshore ça ne s’improvise pas… si on n’a plus qu’à tout refaire! Voilà pour mon expérience.
le 20 February 2008 à 10h49
Très interessant. Pour ma part je travaille au quotidien avec une équipe offshore chinoise et cela se passe très bien. Je retrouve d’ailleurs des points importants que tu signales dans ton cas d’expérience réussie et que je constate aussi:
- le chef de projet technique (chinois) sur place est bon et rodée à l’offshore avec les européens.
- en plus de lui, je suis en contact quasi permanent d’un autre membre de l’équipe qui parle très bien anglais. Les autres se debrouillent moins bien mais se font expliquer si nécessaire: pas de souci.
- il ne faut tout controler, dans l’interet de tout le monde, et s’assurer qu’ils sont bien conscients et concernés par les objectifs.
Bref. J’ai un peu plus développer ici :
http://www.enpleindedans.fr/index.php/2008/02/19/du-developpement-offshore/
(C’est un peu redondant avec ton propre article mais je viens de le découvrir :/ )