TravailleursDuWeb se BLACK OUT contre HADOPI

Piratage: le coup d’éclat du gouvernement français.

Publié le 27 November 2007, par Babozor dans la catégorie Discussion, Divers

parti_pirate.jpg

J’essayerais d’être le plus posé et le moins partisan possible (même si je sens que ça va être extrêmement dur ce coup ci). Il y a quelques jours, on a annoncé une grande nouveauté pour combattre (enfin!) le piratage: désormais après trois injonctions, le (vilain) pirate pourra voir sa connexion coupée.
L’effet d’annonce est superbe, mais les effets réels (ceux qui sont censé tarir le piratage massif) risquent de l’être beaucoup moins. Je ne parlerais pas du fond de la question (ok le piratage c’est vilain, maintenant Madonna et Prince sont obligés de mendier dans la rue), mais plutôt de la forme.

1. Comment reconnaître les téléchargements P2P légaux de ceux d’un contenu piraté?
Là on nage un peu dans le flou artistique, et on fait un amalgame rapide entre P2P/Torrent et piratage. Le P2P et le protocole Torrent en particulier sont des technologies d’échange d’information, peu importe leur utilisation… même si il reste un des protocoles favoris pour échanger des fichiers piratés. Il n’empêche c’est un protocole de plus en plus utilisé pour récupérer un distribution Linux, ou encore regarder la télévision (Joost est un bon exemple), etc…
Comment techniquement faire la différence entre un téléchargement légitime d’un téléchargement illégal via ce protocole?
Sur ce point précis: mystère…

2. Comment faire la distinction entre piratage et utilisation créative de contenu?
Là encore cela reste un problème peu abordé par le texte de l’accord… il y a piratage et utilisation créative d’une oeuvre existante, aucun moyen technique de différencier l’un de l’autre. On risque donc de se couper d’une source importante de créativité dans tous les domaines. On en voit aujourd’hui les dégâts dans les universités américaines, avec au début une administration coopérative, puis récalcitrante quand aux conséquences de l’impossibilité pour ses étudiants d’accéder au vivier culturel disponible sur le web.

3. Interpolabilité - DRM - Taxes
Les plateformes légales de téléchargement restent encore difficiles d’accès, chers, criblés de DRM, certains fichiers ne sont lisibles que sous certains OS, avec certains baladeurs. Il reste encore aujourd’hui beaucoup plus facile, même pour un client de bonne foi, de passer par le piratage que par une plateforme légale.
Un exemple simple: je me suis acheté un album sur le iTunesMusicStore, après trois changement de machine (pour 3 jobs en 6 mois), je n’ai plus la possibilité que de le laisser sur 2 machines, pourquoi? En téléchargant illégalement le même album, je n’ai pas ces restrictions.
Vient ensuite, une question de double langage: les supports numériques sont massivement taxés pour dédommager (de façon peu importante il est vrai) les éventuels piratages. Ok. Comment peut on cautionner une taxe sur le piratage (et donc lui donner plus ou moins une caution morale) et en même temps un arsenal juridique qui peut priver une personne un accès au web? Je trouve ça très très déroutant.

4. Pourquoi donner une telle mission à une personne qui peut paraître juge et partie?
Donner une mission sur la lute contre le piratage au PDG de la Fnac est une claque manifeste à toutes les associations de consommateurs et professionnels du milieu. Pas de concertation ou de consultation et on demande à un acteur majeur du marché de donner son avis sur le sujet. C’est comme si on demandait à Total une mission sur les méfaits du pétrole. C’est un peu risible et cela nuit beaucoup au sérieux de ces recommandations.

5. Le coût de cet accord
Qui risque d’être prohibitif, pour les FAI (Fournisseurs d’Accès à Internet) et donc répercuté sur les abonnements. Je ne vois pas bien quels dispositifs ceux ci pourraient mettre en place pour monitorer le traffic web français. Se posent aussi d’autres problèmes annexes (mais tout aussi voir plus importants), comme le caractère privé des échanges (je trouve ça limite qu’on espionne mes échanges sur le web, même si c’est pour un but pseudo vertueux comme choper les vilains pirates), les recours, etc…

6. Web = Pirate (et criminalisation du web)
Mais ce qui m’énerve le plus c’est l’amalgame qu’on fait entre web et pirates. On criminalise l’utilisation du web et surtout on veut le restreindre à une caste suffisamment riche pour avoir un accès étendu à la culture ou suffisamment chanceux pour passer entre les mails du filet.
Pour moi le web, c’est un des derniers espaces de liberté qu’il nous reste… le brider et le surveiller de cette façon m’est tout simplement insupportable.
Un accord comme celui ci sonne aussi le glas d’une partie de la recherche française dans les nouvelles technologies. Ces technologies (P2P/Torrent) donnent aux développeurs des possibilités quasiment infinies (et permettent de décharger une partie de la bande passante des serveurs) et ce ne sont que les prémisses d’autres protocols qui ne manqueront pas de suivre. Veut-on vraiment que la France soit une fois de plus à la traîne des nouvelles technologies??

7. Quid du changement de business-model des majors?
On parle beaucoup de punition, de couper le web aux vilains pirates, mais on parle peu des industries qui refusent de changer leur business models. L’industrie du disque et du cinéma s’assoit depuis plus d’un demi-siècle sur le même business model. Le monde change, les technologies et les habitudes de consommation avec, mais eux ne semblent pas prompt à changer leur façon de gagner de l’argent. Je vois peu ou pas de remise en question de leur part.

J’avais dit que j’essayerais d’être le moins partisan possible, mais c’est plus fort que moi, après DADVSI le (nouveau?) gouvernement remet ça une nouvelle fois avec un accord insupportable qui assimile les internautes à des pirates, avec en point de mire la résiliation de leur abonnement internet. Y’a pas à dire, on est à la pointe en matière de répression, la MPAA doit envier son petit cousin français…

Quelques liens intéressants:
- Oliviennes (PDG de la Fnac et auteur de l’accord) répond aux lecteurs de rue89
- boingboing en parle
- ArsTechnica en remet une couche
- et un dossier sur Ecrans

Des réactions?



Articles éventuellement en rapport:

5 Responses to “Piratage: le coup d’éclat du gouvernement français.”

  1. Kalahaine Says:

    Tout aussi dubitatif que toi…
    Olivennes crie au scandale lorsqu’on lui signale qu’il est juge est partie et affirme que la FNAC vend plus de matériel informatique ou hi-fi que de contenu culturel (DVD et CD). Je doute fort que la restriction du piratage ait un quelconque impact sur les ventes de PC, par contre, il est fort à parier que celle-ci entraine une augmentation des ventes de CD et DVD.
    Et je me dis que si je suis arrivé à cette conclusion seule, lui aussi a dû y penser…

    Quid de cette taxe mensuelle d’environ 10€ évoquée au moment du passage de la DADVSI qui permettait en théorie de télécharger legalement selon un quot prédéfini ?
    Voila une mesure applicable qui aurait, à mon avis, séduit un grand nombre d’internaute.

    Encore une fois, les intérêts d’une minorité priment sur ceux de la masse.

  2. Kilgore Says:

    Je t’invite à lire cette interview de M. Olivennes sur Le Monde :
    http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3246,55-982007,0.html?xtor=RSS-3208

    Elle réponds à beaucoup de tes questions.

    Il n’a notamment jamais été question de “filtrer” le web et les FAI ne seront en rien impliqués dans la procédure (si ce n’est que c’est eux qui recevront l’ordre de “couper le tuyaux” pour les récalcitrants).

    La distinction sera faites entre le téléchargement légal et illégal puisque cette loi est très orientée “musique” et que pour l’instant, il est surtout question d’utiliser la technique “classique” de la carotte, càd de mettre en téléchargement des morceaux connus et récents et de relever les IPs des personnes qui les télécharge.

    En contre partie à cette accord, les plateformes légales ne devront plus proposer de morceaux DRMisés d’ici quelques mois.

    Ton point 2. est plus que flou, je ne vois pas trop ou tu veux en venir !

  3. Kilgore Says:

    @Kalahaine : lis également l’interview. La taxe sur la copie privée concerne uniquement la copie… privée ! qui est une spécificité bien française et qui a aucun moment te permet de pirater quel contenu que ce soit !

  4. Damien Says:

    Oui concernant le point 3, les DRM devraient disparaitre ! (ouf) mais que sur les titres Français il me semble… à vérifier.

  5. Laurent Chambon Says:

    Tu oublies un point essentiel, la rémunération des artistes.
    - Le premier problème non résolu est la redistribution des droits. la gestion de la Sacem est calamiteuse, elle a des coûts de fonctionnement hallucinants et les Sacem européennes (Buma-Stemra) pour les Pays-Bas sont plus que conservatrices: on voit bien comment la boutique iTunes a été restreinte à chaque pays pour protéger les intérêts des grands groupes au détriment du choix du consommateur. Les grands artists sont surpayés par la Sacem alors que les petits pas du tout. Sans changement dans ce système, je ne vois pas comment une taxe supplémentaire ou un abonnement va vraiment bénéficier aux artistes.
    - Même dans la distribution électronique, les maisons de disques se ramassent presque la totalité de la thune. Si je vends une chanson 99 centimes, en tant qu’artiste indépendant avec mon propre label j’en retrouve environ entre 60 et 70, ce qui est génial. Par contre les artistes signés par une grande maison de disques en reçoivent quelques centimes, 11 pour les plus chanceux. Je ne parle même pas des films et des séries (ce n’est pas pour rien s’il y a eu une grève des scénaristes américains).

    Si c’est pour garder les vieux monopoles de ces grosses boites qui nous ont vendu de la merde depuis tant d’années, je ne vois pas l’intérêt ni économique (ça va brider le marché de la musique), ni artistique (toujours les mêmes), ni pour le consommateur.

Laissez un commentaire





« Back to text comment